Poèmes

Chansons

Paul-Jean Toulet

Romance sans musique

En Arles.

Dans Arle, où sont les Aliscams,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd ;

Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.

Paul-Jean Toulet
1867-1920
Chansons, Émile-Paul Frères.

Que vas-tu peindre ami ?…

Pierre Albert-Birot

Que vas-tu peindre ami ? L’invisible.
Que vas-tu dire ami ? L’indicible
Monsieur car mes yeux sont dans ma tête.
N’ayez pas peur, c’est un Poète.

Pierre Albert-Birot
1876-1967

Les Fables

Jean de La Fontaine

Car tout parle dans l’univers

Jean de La Fontaine
Les Fables, Livre XI.

Le berger respectueux

Charles Bordes

Peut-être, dans un an, ou deux,
J’obtiendrai sa, j’obtiendrai sa,
J’obtiendrai sa tendresse.

Charles Bordes
1711-1781
« Le berger respectueux »

Hymne de résurrection

Nicolas de Bonneville

De ton antique existence
N’as-tu pas un souvenir ?
Mon cœur chérit l’espérance
D’un éternel avenir !
Mourir ? Dormir !
La mort n’est point ce qu’on pense,
On s’en va pour revenir.

Nicolas de Bonneville
1760-1828
« Hymne de résurrection »

Cap sur la Poésie

Cap sur la Poésie

Eh, capitaine au fond de moi,
ajoute ce point cardinal
à ton compas !

Ajoute cette étoile
au ciel de nuit !
Ajoute cette île sur la carte !

Ordonne enfin
qu’on largue les amarres
prenons le large et sans tarder !

Eh, capitaine emmène-moi
je veux t’entendre crier à l’équipage :
cap sur la Poésie !

Olivier Deck
Inédit pour Le Printemps des Poètes 2020

Le Réel d’à côté

Charles Dobzynski

Lent il traverse
le tuf du désir
l’étoffe laminée de ce qu’il fut
Ses transgressions
abandonnées avec les guenilles
d’une enfance apocryphe
Il revient par l’interstice
d’un morceau de réel
qui est limite et piège.

Charles Dobzynski
1929-2014
Le Réel d’à côté, L’Amourier éditions, 2005.

Qui veille sur la cigogne aveugle

Le bloc-notes sous l’oreiller

Je le retire à l’aube
du profond de mes songes.
Ma main a gribouillé,
en toute liberté, dans le noir.
J’en décrypte à peine les signes,
on dirait des inscriptions rupestres.
Je me suis adressée à moi-même
des messages d’ailleurs.
Et l’aube se précise
grâce à leur imprécision.

Blaga Dimitrova
1922-2003
Qui veille sur la cigogne aveugle, traduit du bulgare par Vera Marinova, Revue Europe, 1990.

Les cent mille chants

Ceci est une fable, un divertissement
Où vous êtes pareils au bleu profond,
Et puissent les nuages ne pas vous obscurcir.
Moi la lune, moi le soleil
Si je ne deviens pas le captif des planètes
Nous nous rencontrerons encore et encore.

Milarépa
1040-1123
Les cent mille chants
Traduit du tibétain par Marie-José Lamothe
Fayard, 1992.

Sable et cendre

Bernard Dimey

J’ai le cœur aussi grand qu’une place de foire
On y vient sans façons, on y fait Dieu sait quoi,
Mais je ne voudrais pas qu’on en fasse une histoire…
Cette histoire de cœur ne regarde que moi.

Bernard Dimey
1931-1981
Sable et cendre, Christian Pirot éditeur, 1992.

Poème
de l’instant

Christian Morgenstern

« Nouvelles créatures proposées à la nature »

« Nouvelles créatures proposées à la nature »

L’oiseau-bœuf
Le dromadaire palmé
Le lion luisant
La roucouleuvre
Le hibou de manchon
Le cachalair
La punaise tentaculaire
Le taureau à sonnette
Le bœuf-paon
Le renard-garou
Le gentignol
Le pinson-scie
Le carlin d’eau douce
Le rat de vin
L’engouletempête
Le ver de ciel
Le chameau-épic
Le rhinocétalon
L’œillet-dinde de Noël
L’hommefeuille

Christian Morgenstern, Les chansons du Gibet, Die Galdenlieder, traduit de l’allemand par Jacques Busse, Les Cahiers Obsidiane, 1982.